La violence et l’État – 2/2

S’il n’y a pas d’État, qui peut déclencher une guerre?

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Introduction

En concluant mon article intitulé “L’anarchie, Israël, Harper et les bombes…», je disais que “sans État, il n’y a pas de taxation et sans taxation, y’a pas d’argent pour faire la guerre.» Suite à une demande d’une amie d’expliquer pourquoi je pense cela, j’ai écrit la première partie d’un article et voici la dernière. Évidemment, c’est mon opinion et vous êtes invités à vous faire votre propre opinion. Avant d’entâmer cette deuxième partie, je suggère fortement de lire la première.

Lien court: http://wp.me/p4MO4u-41

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La guerre et les profits de l’État

Il a souvent été dit que la guerre est la santé de l’État (War is the Health of the State) mais à mon avis, l’inverse est bien plus vrai: “l’État est la santé de la guerre». En d’autres termes, que la guerre – le pire de tous les maux humains – est impossible sans l’État.

Le grand économiste autrichien Ludwig von Mises s’est un jour vu demandé ce que la définition centrale caractéristique du marché libre était selon lui – c’est-à-dire puisque chaque économie est plus ou moins un mélange de liberté et de contraintes étatiques, quelle institution pouvait séparer un marché libre d’une économie dirigée – et sa réponse fût “l’existence d’un marché boursier http://mises.org/econsense/ch103.asp». Grâce au marché de la bourse, un entrepreneur peut externaliser le risque, c’est-à-dire qu’il peut en partie transférer ses pertes potentielles aux investisseurs. Sans risque, la croissance d’une entreprise est pratiquement impossible.

Lorsque le risque pour une chose particulière diminue, la demande pour celle-ci augmente. En l’absence d’un marché boursier, une économie stagnante st une preuve de la réticence des entrepreneurs à assumer eux-mêmes tous les risques d’une activité économique. Par contre, lorsque le risque devient “partageable», de nouvelles possibilités émergent. La révolution industrielle est peut-être l’exemple le plus spectaculaire de ce genre de partage du risque.

Malheureusement, parmi ces possibilités il y a la guerre, dans toute son horreur, sa corruption, sa brutalité et ses génocides. Nous verrons ici pourquoi, dans sa capacité à réduire les coûts et partager les risques de la violence, l’État est “le marché boursier de la guerre».

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Le sophisme de “la vitre cassée»

Tous les économistes connaissent le “sophisme de la vitre cassée», sophisme qui prétend que la stimulation de la demande causée par un vandale brisant une fenêtre n’ajoute pas à la croissance économique, mais qu’au contraire il impacte négativement la croissance économique locale puisque l’argent dépensé pour le remplacement de la fenêtre est déduit d’autres achats potentiels. Un exemple de cette évidence est que nous ne cherchons pas à augmenter nos revenus en lançant nos voitures des falaises ou en brûlant nos maisons. Bien que cela puisse plaire aux constructeurs automobiles et les constructeurs de maisons, ce n’est pas plaisant pour nous ni pour les personnes qui auraient eu accès à cette nouvelle voiture et à cette nouvelle la maison car nous en avons déjà besoin pour nous-mêmes. La destruction matérielle détourne toujours les ressources qui serviraient à autre chose et provoque toujours une hausse des prix, donc tout le monde se partage la facture. Par exemple, briser une fenêtre qui coûte 100$ à remplacer supprime bien plus que 100$ de l’économie parce que le temps passé à remettre la fenêtre à son état d’origine – l’appel au réparateur, décider du remplacement, nettoyer les éclats de verre, le temps perdu, etc – est également soustrait de l’économie dans son ensemble.

Il y aura toujours des accidents, bien sûr, et les réparations sont un aspect légitime de tout marché libre. Cependant, la guerre ne peut jamais être considérée comme un accident. Elle ne fait pas partie de l’économie de marché et pourtant, il est encore cru que la guerre est généralement bonne pour l’économie. En tout cas, elle doit l’être au moins pour certaines personnes, car elle est si souvent demandée… Comment ces oppositions peuvent-elle logiquement être réconciliées? Comment la destruction peut être économiquement avantageuse quand elle est si horrible pour l’économie dans son ensemble? Demandez-vous si la destruction que l’Allemagne a subit lors de la première guerre mondiale était bonne pour son économie. En fait, la destruction qu’elle a subit et les obligations fortement contraignantes du Traité de Paris ont créés les conditions ayant mené à la deuxième guerre mondiale, guerre qui à l’époque a éliminé 2.5% de la population mondiale.

Nous pouvons facilement imaginer une réparateur de fenêtre qui fracasse les fenêtres de son quartier afin d’augmenter la demande pour son entreprise. Ce aiderait certainement son revenu à court terme, mais pourtant, pourquoi dans une économie de libre marché ne voyons-nous pas plus de ce genre de comportement dans la vie de tous les jours? Une réponse évidente pourrait être que les chefs d’entreprises préfèrent ne pas se retrouver en prison. C’est certainement un risque, mais pas il n’est pas très grand. Les incendiaires sont difficiles à attraper et il y’a plein d’autres formes de sabotages difficiles à résoudre qui peuvent être entrepris. Un poison peut être ajouté à l’alimentation en eau potable d’une ville; ça incriminerait un fournisseur d’eau pour un temps, ça prendrait possiblement des mois à résoudre et à un moment donné, toute piste pourrait être perdue. Des pirates informatiques étrangers pourraient être payés pour infiltrer les réseaux d’un concurrents ou monter une attaque de déni de service sur leurs sites Web. Que dire de eBay? Si vous avez un concurrent qui attire toute votre clientèle, pourquoi ne pas simplement demander à une centaine de vos amis de lui donner une mauvaise évaluation de service, pour ensuite voir sa réputation en ligne souffrir?

Toutes ces pratiques sont très rares sur le marché libre pour trois raisons principales. La première est qu’elles sont coûteuses; la seconde est qu’elles augmentent les risques et la troisième est la crainte de représailles. Voyons les plus en détails.

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Les coûts de la destruction

Si vous voulez engager un pyromane pour détruire l’usine de votre concurrent, vous devez devenir un expert dans la négociation avec les criminels. Vous pourriez payer un pyromane et le voir se sauver dans un autre pays avec votre argent au lieu qu’il mette le feu à l’usine de votre concurrent. Vous courez également le risque que votre pyromane amène l’offre à votre concurrent et qu’il lui demande plus d’argent pour ne pas mettre le feu, ou, pire, qu’il s’en fasse offrir encore plus pour incendier votre usine à la place! Ça vous coûtera cher pour vous engager dans la voie du vandalisme et vous n’avez aucune garantie que votre investissement sera rentable. De plus, il y a d’autres coûts tertiaires à poursuivre la voie de la “destruction de la concurrence.” Vous ne pouvez cibler qu’un seul concurrent à la fois, ce qui n’est que partiellement utile puisque la plupart des entreprises font face à de nombreux concurrents simultanément – certains sont locaux et certains sont à l’étranger et donc probablement hors de portée. (Imaginez que toutes les usines de vos concurrents se font détruire par le feu… sauf la vôtre.) Même si vous réussissez à détruire votre concurrent, vous avez créé une opportunité sur le marché pour d’autres entrepreneurs, et qui sait, peut-être seront-ils encore plus féroces avec vous. Détruire une petite entreprise informatique, par exemple, pourrait donner une bonne raison à Microsoft de combler ce nouveau vide.

Aussi, si vous êtes propriétaire d’une entreprise, la concurrence est très utile. Tout comme une équipe sportive devient paresseuse et molle si elle ne joue jamais contre un adversaire compétent, une entreprise sans concurrence devient rapidement non productive, paresseuse et inefficace – une invitation garantie pour des entrepreneurs intéressés à combler le vide que vous avez créé. Les entreprises ont besoin de concurrence pour rester en forme.

Finalement, qu’arrive-t-il si vous parvenez à saboter vos adversaires? Si vous le faites bien, personne ne sait que vous êtes derrière la vague soudaine d’incendies criminels. Qu’advient-il de vos coûts d’assurance? Ils explosent et ils vous chargeront beaucoup plus cher, et ça c’est s’ils décident de vous assurer! De plus, vous ne serez pas en mesure de répondre tout de suite à la nouvelle demande, ce qui assure que vos clients tenteront de trouver ailleurs des alternatives qui sont hors de votre contrôle. Ainsi, vous aurez augmenté vos dépenses, incité les clients à chercher des solutions de rechange et vous aurez alarmé vos employés, créant une situation dangereuse où de potentiels concurrents pourraient être très motivés d’entrer dans votre domaine d’affaires au moment où vous êtes le plus vulnérable à la concurrence! Bref, pas vraiment une bonne idée…

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Les risques de destruction

Disons que vous décidez d’engager Stanley pour mettre le feu à l’usine de votre concurrent. La réalité est que Stanley, étant pyromane professionnel, sait comment faire tourner la situation à son avantage beaucoup mieux que vous, puisque vous êtes un nouveau dans le domaine. Après tout, c’est lui l’expert. Stanley sait que peu importe ce qu’il fait, vous ne pouvez aller à la police pour obtenir de la protection. Que faites-vous s’il filme vos conversations et vous fait du chantage? Votre petite expérience en concurrence immorale devient soudainement une vie de cauchemar, de culpabilité, de peur et de rage. Comme mentionné plus haut, si Stanley décide d’aller voir votre concurrent et de lui révéler vos plans, que faites-vous? Sûrement que votre concurrent payera un bon prix pour cette information, car il pourrait alors aller à la police et vous détruire légalement encore plus complètement que vous espériez le détruire lui illégalement. Et si Stanley fait le travail mais qu’il vous menace de tout dévoiler, allez-vous engager quelqu’un pour “régler le dossier de Stanley»? Qu’advient-il de celui que vous engagez si lui vous fait du chantage?… Dans le domaine des activités criminelles, une fois que les gants sont tombés, les résultats deviennent très difficiles à prévoir.

Et si Stanley va voir votre concurrent et lui dit: “Pour 25 000$, je devais brûler votre usine, donc pour 30 000 $, je peux brûler son usine à la place.» Cette guerre “d’appel d’offres» peut rapidement se transformer en situation fort coûteuse pour tout le monde… sauf Stanley, bien sûr. Et comment prouver que Stanley est un pyromane “légitime»? Qui dit qu’il n’est pas un infiltrateur policier? Que faire s’il a été envoyé par quelqu’un d’autre afin de pouvoir faire du chantage par la suite? Que faire si c’est un coup monté de votre concurrent? Comment pouvez-vous le savoir? Bref, ce scénario est très risqué! Ce sont les risques de la destruction.

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Les risques de représailles personnelles

Admettons que tout ce qui précède fonctionne exactement comme vous le voulez et Stanley incendie avec succès l’usine de votre concurrent; qu’arrive t’il ensuite? Vous venez de créer en votre concurrent un ennemi acharné qui soupçonne un acte criminel, sait que vous avez un bon motif pour incendier son usine et n’a plus rien à perdre. Il pourrait se plaindre à la police, embaucher des enquêteurs privés et mettre une annonce dans tous les journaux offrant une récompense d’un million de dollars pour toute information menant à la preuve de votre implication et ainsi il peut vous poursuivre et récupérer beaucoup plus qu’un million de dollars.

Soit votre nouvel ennemi trouvera des informations utiles à la police, soit il trouvera des informations circonstancielles, comme des indices mais pas de preuves et il peut décider de se venger contre vous. Puisque vous avez été en mesure de le faire d’une manière qui ne peut être prouvée, il sait maintenant comment faire aussi. Vous venez de montrer à un homme en colère la façon d’incendier votre usine et de ne pas se faire prendre. Allez-vous bien dormir? Allez-vous vous sentir en sécurité dans votre lit? Êtes-vous certain qu’il se limitera seulement à votre usine?

Ça ne vaut vraiment pas la peine de tenter de s’enrichir en visant la destruction de biens d’autrui- et c’est très bien ainsi. Nous aimerions que les gens soient bons & honnêtes bien sûr, mais nous voulons aussi de forts incitatifs économiques favorisants la vertu et l’intégrité du libre arbitre.

Comment est-ce que les risques de représailles personnelles sont liés à la guerre & à l’État? Les liens sont forts mais avec des effets très différents.

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L’économie de guerre

L’économie de guerre est composée de trois principaux acteurs: ceux qui décide de faire de la guerre; ceux qui profitent de la guerre; ceux qui paient pour la guerre.

Ceux qui décident de faire la guerre sont les politiciens; ceux qui profitent de la guerre sont ceux qui fournissent l’équipement militaire ou sont payés pour leurs compétences militaires; ceux qui paient pour la guerre sont les contribuables. Évidemment, les premier et deuxième groupes se chevauchent. Autrement dit, une entreprise qui fournit des armes et du matériel militaire à l’armée est payée directement par la prédation par l’État sur les citoyens, à travers les impôts. Autrement dit, sans l’État pour assumer les risques de récolter l’argent par la force, ce genre de transaction est en aucun cas économiquement impossible puisque les risques potentiels de destruction de l’entreprise, tels que décrits plus haut, sont égaux ou supérieurs aux bénéfices que cette transaction pourrait rapporter. C’est d’ailleurs pourquoi les entreprises privées canadiennes qui fabriquent et vendent des armes ne vous forcent directement pas à payer pour ces armes, contrairement au gouvernement canadien, ils connaissent très bien les risques de le faire et donc transfèrent ce risque sur l’État.

Si ceux qui décidaient de faire la guerre étaient également ceux qui devaient payer pour cette guerre, je peux vous assurer qu’il n’y en aurait plus jamais. La guerre suit les mêmes incitatifs économiques et les mêmes coûts que ceux mentionnés plus haut. Et le plus drôle est qu’au fond de vous, en lisant cette phrase, vous vous êtes dit “ouin, c’est vrai». Mais étant donné que ceux qui décident de faire la guerre ne sont pas ceux qui paient pour elle, cette tâche fort désagréable est transférée de force aux contribuables sous la forme d’impôts, d’inflation directe et aux générations futures sous forme de dette nationale. Rappelez-vous ce que je disais dans la première partie concernant la proximité à la violence: plus les gens sont éloignés de la violence, plus cette violence a tendance à augmenter. Le politicien confortablement assis dans son cabinet n’est PAS celui qui se lève pour aller vous demander votre part des impôts forcés, tout comme il ne va pas lui-même pilonner les positions ennemies.

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Les frais de la destruction militaire

Pour faire la guerre, il faut une armée qui doit également être formée et maintenue en période de paix. Et maintenir une armée coûte cher. En 2011, le coût de maintien pour l’armée canadienne fût de 22.8 milliards, soit 691$ par canadien (pas par contribuables là…). Sauf qu’il n’y a tout simplement aucun moyen de récupérer les coûts de cette armée en envahissant un autre pays, sinon le marché libre financerait directement les armées et les invasions, ce qui n’est jamais le cas. Une autre façon de voir les choses est que vous ne pouvez envahir un autre pays sans détruire une bonne partie de celui-ci (richesse matérielle) et en tuant un grand nombre de ses citoyens (revenus en taxes et impôts). Puis ensuite vous devez lutter contre une insurrection sans fin. Faites juste regarder les États-Unis et l’Irak depuis 1990. Ça fait maintenant 24 ans que le conflit sévit et Obama vient encore d’annoncer que du nouveau personnel militaire vient d’arriver en Irak. Mais quand est-ce que cette folie cessera?!?!? Compte tenu des coûts d’invasion et d’occupation – toujours dans les centaines de millions ou des milliards de dollars (il est estimé que la guerre en Irak a coûté 1 700 000 000 000 000$ jusqu’à présent) – pensez-vous réellement être en mesure d’extraire suffisamment de bénéfices économiques du pays que vous bombardez et occupez pour compenser pour vos dépenses? Absolument pas! Ce serait comme demander à un voleur de faire de l’argent en bombardant la maison qu’il veut cambrioler, y habiter et garder ses occupants en otages. C’est de la pure folie! Les voleurs ne fonctionnent pas de cette façon – et la guerre ne pourrait pas non plus fonctionner de cette façon sans la présence de l’État qui peut extraire autant d’argent qu’il ne le désire des contribuables.

Puisque ce sont les contribuables qui paient pour la guerre, les coûts de destruction pour ceux qui décident de faire la guerre sont très faibles. Combien croyez-vous que George Bush et Barack Obama ont payé personnellement de leur poche pour l’invasion de l’Irak? Même s’il est vrai que ceux qui profitent de la guerre paient (peut-être) aussi des impôts qui servent à soutenir l’effort de guerre, le montant qu’ils paient est infiniment moins grand que ce qu’ils reçoivent en retour. Et ça, nous le savons car il y a toujours des gens prêts à fournir du matériel à l’armée…

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Les risques d’annihilation

Ceux qui décident de faire la guerre et ceux qui profitent de la guerre ne sont jamais ceux qui initient une guerre s’il y a un réel risque de ne pas s’en tirer vivant. Jamais dans l’histoire moderne une puissance nucléaire a déclaré la guerre à une autre puissance nucléaire. Les États-Unis ont donné de l’argent et du blé à l’URSS mais ont envahi la Grenade, Haïti, l’Irak, pour ne nommer que ceux-là, en plus de fomenter des coups d’État dans des dizaines de pays. En fait, une des preuves irréfutables que l’Irak n’avait pas d’armes de destruction massives capables de frapper les États-Unis est que les dirigeants américains étaient justement prêts à envahir. Éviter le risque d’annihilation a été la raison pour laquelle l’URSS et les États-Unis (pour prendre deux exemples évidents) se sont livrés à des “guerres par procuration» dans des lieux éloignés comme l’Afghanistan, le Vietnam et la Corée au lieu de s’attaquer directement. Comme nous le verrons ci-dessous, le fait que les risques de destruction sont transférés aux contribuables (et aux soldats financés par les contribuables qui vont aller y mourir) change considérablement l’équation économique.

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Le risque de représailles militaires

Le “risque de représailles» dans les calculs économiques concernant la guerre ne doit pas être considéré comme un risque général, mais plutôt un risque spécifique – à savoir spécifique à ceux qui décident de faire la guerre et qui en profitent. Par exemple, pendant la 2ème guerre mondiale, Roosevelt savait pertinemment que le blocus contre le Japon au début des années 1940 portait un grand risque de représailles, mais seulement contre du personnel civil et militaire inconnu dans le fin-fond du Pacifique, loin des États-Unis, et non contre ses amis et sa famille à Washington. (En fait, ce blocus a été spécifiquement créé pour forcer le Japon à attaquer les États-Unis afin que ceux-ci soit amenés dans la seconde guerre mondiale car la population américaine était majoritairement contre l’entrée en guerre. Ainsi le gouvernement américain passait pour une victime au lieu de passer pour un agresseur, et le peuple s’est rallié derrière son président sauveur.)

Si ce sont d’autres personnes qui sont exposées au risque de représailles, d’un point de vue économique ce risque devient discutable. Si je fume, mais qu’un parfait inconnu pourrait potentiellement avoir un cancer du poumon, disons que je risque bien plus de simplement continuer à fumer.

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L’externalisation du risque militaire

La capacité de l’État de pouvoir fondamentalement se décharger des coûts et des avantages de la violence est un pilier central de la guerre, ainsi que la raison principale de son existence. Comme nous l’avons vu plus haut, si celui qui désire déclencher une guerre afin d’en tirer les profits risque de lui-même directement subir les conséquences de cette guerre (voir y laisser sa peau), il n’a presque pas d’intérêt économique à le faire. Toutefois, s’il peut transférer les risques et les pertes à d’autres – mais conserver les bénéfices pour lui-même – la situation change complètement. Par exemple, par cette approche il devient rentable de taxer les citoyens et les forcer à payer pour plus de 800 bases militaires américaines partout sur la planète, incluant sur les terres sacrées de d’autres peuples, tant et aussi longtemps que ce sont des inconnus à New York qui sont les premières victimes des inévitables représailles. Il devient aussi rentable d’envoyer plein de jeunes hommes non scolarisés se battre en Irak qui subiront les conséquences de l’insurrection qui accompagnera inévitablement l’invasion…

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L’externalisation du malaise émotionel

Le fait que l’État transfère les coûts & le fardeau du risque aux contribuables & aux soldats est très important sur le plan émotionnel. Si l’exemple d’incendie volontaire plus haut pouvait être modifié afin d’assurer un bénéfice, par exemple en réduisant les risques de chantage ou de représailles, les autres risques pour l’homme contemplant une telle violence seraient quand même présents à son esprit. À moins d’être un sociopathe, ces risques lui causeraient sûrement de l’inconfort émotionnel, et les émotions telles que la peur, la culpabilité et l’inquiétude exigerait de lui encore plus de profit (afin de calmer son esprit) que ce que le modèle peut raisonnablement générer.

Donc, puisque l’État externalise presque tous les risques et les coûts, c’est une autre motivation pour ceux qui voudraient profiter de sa puissance & sa violence pour leurs propres fins. Si on y ajoute toute la propagande pro-guerre et l’assurance que ce seront des inconnus qui paieront, les inconforts émotionnels d’origines se voient remplacés par des incitatifs positifs, une recette qui garantit que les guerres continueront jusqu’à ce que l’État s’effondre ou qu’il ne reste plus personne de vivant sur la Terre.

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Autrement dit, l’État EST la guerre

Si vous saisissez bien tout ce que vous avez lu jusqu’à présent dans ces deux parties, alors vous devez certainement mieux comprendre l’hostilité des anarchistes envers l’État. Selon le point de vue anarchiste, l’État est une créature moralement et fondamentalement “evil» (maléfique), non seulement parce qu’il utilise la violence pour atteindre ses objectifs, mais aussi parce que c’est la seule organisation sociale capable de rendre la guerre économiquement avantageuse pour ceux ayant le pouvoir de la déclarer et d’en tirer profit. En d’autres termes, c’est uniquement à-travers le pouvoir gouvernemental de la taxation (obligatoire et par la force) que la guerre peut être subventionnée au point où elle devient rentable pour une petite portion de la société. La guerre devient seulement rentable quand on peut transférer aux contribuables les coûts et les risques de sa violence car ses avantages profitent seulement à une petite portion d’individus, soit ceux qui contrôlent ou influencent directement l’État.

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Conclusion

Cette distorsion violente des coûts, des incitatifs et des récompenses ne peut être contrôlée ou atténuée, car une déséquilibre artificiel des incitatifs économiques se perpétuera et s’intensifiera toujours, du moins, jusqu’à la faillite inévitable du trésor public ou l’écrasement de l’État sous son propre poids. Ou, pour le dire d’une autre manière, tant que l’État existe, nous vivrons toujours avec le spectre de la guerre. S’opposer à la guerre est s’opposer à l’État & s’opposer à l’État est s’opposer à la guerre. La guerre et l’État ne peuvent être deux idées examinées individuellement car l’État et la guerre sont les deux faces d’une même pièce sanglante.

C’est pourquoi “sans État, il n’y a pas de taxation et sans taxation, y’a pas d’argent pour faire la guerre.»

 

  • Pasdechatsicitte

 

Merci de votre patience. Si jamais vous considérez que ce qui est écrit ici est important pour vous, n’hésitez pas à le partager car plus il y a de gens qui comprennent comment l’État nous utilise pour financer les guerres, plus les chances que ça cesse augmentent. Collectivement, nous avons bien plus de pouvoir qu’on le pense.

 

Dans le prochain article, j’aborderai les Organisations de Résolutions de Conflits, c’est-à-dire ces organisations qui existent déjà et sur lesquelles reposeront les bases d’une société sans État. Ces ORC peuvent s’occuper de tous les aspects d’une société, de l’éducation à la santé, en passant par la défense et la gestion de la criminalité. Et tout ça sans violence. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez prendre de l’avance, googlez “Dispute Resolution Organisations».

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Lesleigh Coyer, 25, of Saginaw, Michigan, lies down in front of the grave of her brother, Ryan Coyer, who served with the U.S. Army in both Iraq and Afghanistan, at Arlington National. http://www.euronews.com

 

P.S. : Ce billet est basé sur les ouvrages de Stefan Molyneux sur l’anarchie. J’ai choisi et traduit certains passages de son livre disponible gratuitement en PDF et en livre audio ici et sur Youtube ici. J’ai aussi modifié et ajouté des passages représentant mon opinion.

Lesleigh Coyer, 25, of Saginaw, Michigan, lies down in front of the grave of her brother, Ryan Coyer, who served with the U.S. Army in both Iraq and Afghanistan, at Arlington National. www.euronews.com
Lesleigh Coyer, 25, of Saginaw, Michigan, lies down in front of the grave of her brother, Ryan Coyer, who served with the U.S. Army in both Iraq and Afghanistan, at Arlington National. www.euronews.com

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